
Histoire de la botanique
La botanique est la science qui se consacre à l'étude des plantes et des organismes végétaux. Cette discipline exclut généralement la microbiologie, qui se focalise sur les bactéries et les virus.
Antiquité
Les philosophes pythagoriciens du 5ème siècle av. J.-C. considéraient les plantes comme des êtres vivants dotés d'une organisation propre. Anaxagore et Empédocle avaient déjà reconnu que les fleurs renferment les organes reproducteurs mâles et femelles, distinguant ainsi les étamines du pistil.
Théophraste, né vers 372 av. J.-C., est l'auteur de "L'Histoire des plantes" et des "Causes des plantes", où il décrit plus de 500 végétaux. Ses ouvrages mélangent les connaissances de son époque et ses observations personnelles sur des aspects comme le rôle de la fleur, la notion de cotylédon, et le mécanisme de la chute des feuilles.
- Il identifia la différence entre les troncs des palmiers et ceux des autres arbres.
- Il reconnut les sexes distincts chez les pistachiers et les palmiers, ainsi que la nécessité de la poussière des fleurs mâles pour féconder les fleurs femelles et produire des fruits.
Contributions Grecques et Romaines
Au 2ème siècle av. J.-C., le poète Nicandre et le médecin Krateuas, au service de Mithridate, rédigèrent de nombreuses descriptions de plantes, reprises plus tard par Dioscoride, un médecin grec du 1er siècle apr. J.-C. Dans son traité "De materia medica", Dioscoride décrivit environ 700 plantes selon leurs propriétés pharmacologiques, influençant le monde grec, latin, et arabe jusqu'au Moyen Âge.
Pline l'Ancien (23-79 apr. J.-C.) rédigea une encyclopédie, "Naturalis Historia", comprenant des informations précieuses sur l'arboriculture et l'horticulture de son époque.
Le Moyen Âge
Influence Arabe
Après la chute de Rome, la botanique trouva refuge dans la civilisation arabe. De nombreuses traductions des auteurs anciens furent réalisées, notamment le traité de Dioscoride au IXe siècle, qui devint la base de la médecine arabe. Les ouvrages de botanique publiés à cette époque étaient principalement pratiques, couvrant l'agriculture, la pharmacologie, et la toxicologie.
- Avicenne, al-Biruni et Qazwini décrivirent et nommèrent de nombreuses espèces dans leurs encyclopédies.
- Al-Biruni découvrit la régularité dans l'implantation des pièces florales et introduisit la notion de diagramme floral.
Bassin Méditerranéen
Dans l'empire byzantin médiéval, la botanique était étudiée pour ses applications en médecine et en agriculture. Les ouvrages de cette époque contenaient souvent des énumérations et des descriptions de plantes, parfois accompagnées d'illustrations.
Le peuple juif joua un rôle crucial dans la diffusion des connaissances botaniques. De nombreuses traductions et traités furent réalisés par des savants juifs, comme Asaph au VIIe siècle, Shabbetay Donnolo au Xe siècle, et Rabbi Salomon ben Isaac. Ces œuvres comprenaient des informations morphologiques et systématiques précieuses sur les plantes médicinales et alimentaires.
L'Occident chrétien
Durant la première période du Moyen Âge, allant de l'invasion barbare au début du XIe siècle, les sciences progressèrent peu. Toutefois, certaines encyclopédies monumentales, comme les "Institutions" de Cassiodore et les "Étymologies" d'Isidore de Séville, réintroduisirent les sciences antiques sous de nouvelles formes.
À partir du XIIe siècle, l'influence de la science islamique se fit sentir, souvent transmise par les Juifs méditerranéens. Parmi les premiers ouvrages notables, on trouve la "Speculum majus" de Vincent de Beauvais, qui inclut des sections sur la botanique dans ses encyclopédies.
La Renaissance
Redécouverte de la nature
Au début de la Renaissance, les grandes encyclopédies furent peu à peu abandonnées au profit d'observations directes de la nature. Otto Brunfels, Leonhart Fuchs et Hieronymus Bock furent parmi les premiers à décrire les plantes sur la base d'observations empiriques.
Conrad Gesner, par intuition, comprit que les fleurs et les fruits étaient essentiels pour la classification des plantes. Charles de Lécluse (Clusius), après de nombreux voyages en Europe, publia des descriptions précises dans "Rariorum plantarum historia" en 1601.
- Andrea Cesalpino publia en 1583 "De plantis", un ouvrage de systématique fondamental pour deux siècles.
- Pierre Belon et Gaspard Bauhin contribuèrent au développement de la nomenclature binaire.
Évolution des classifications
Matthias de Lobel publia une flore de la région montpelliéraine, distinguant Monocotylédones et Dicotylédones, malgré des erreurs dans la classification basée sur la morphologie des feuilles.
Jean et Gaspard Bauhin publièrent des descriptions détaillées de milliers d'espèces, posant les bases de la classification moderne. Gaspard Bauhin introduisit des noms binaires, comme "Solanum tuberosum" pour la pomme de terre, encore utilisés aujourd'hui.
- Jean Bauhin décrivit plus de 5000 espèces illustrées.
- Rembert Dodoens précisa les parties des fleurs et les fonctions des tiges et des feuilles.
Le XVIIe siècle
Les travaux de Robert Morison (1620-1683) et Pierre Magnol (1638-1715) au XVIIe siècle ont considérablement précisé la conception des groupes naturels dans leurs monographies. John Ray (1627-1705), dans son œuvre Historia plantarum generalis (1686-1704), a décrit près de 19 000 plantes, distinguant entre Dicotylédones et Monocotylédones en détaillant la structure des graines (embryon, albumen et nombre de cotylédons).
Ray fut le premier à séparer clairement les plantes à fleurs des Cryptogames, bien qu'il ait inclus par erreur les lentilles d'eau dans cette catégorie. Il n'adopta pas les idées judicieuses de Jung et continua à opposer les plantes herbacées aux arbres. Augustus Bachmann (1652-1723) tenta en vain d'améliorer la classification de Ray.
En 1694, Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) publia ses Éléments de botanique, malgré sa persistance à diviser le règne végétal entre herbes et arbres comme Ray. Tournefort fit néanmoins un grand pas dans la systématique grâce à ses qualités d'observation et de synthèse. Il codifia toutes les formes de fleurs, reconnaissant ainsi les plantes sans pétales (apétales), les plantes à pétales séparés (polypétales), et celles à pétales soudés (monopétales). Cela lui permit de répertorier le règne végétal en vingt-deux classes, dont beaucoup furent conservées par Linné.
Tournefort entreprit de nombreux voyages en Europe, rapportant un herbier précieux pour le Muséum de Paris, où il enseigna jusqu'à sa mort en 1708.
Sébastien Vaillant (1669-1722) publia un remarquable recueil des plantes de la région parisienne et apporta de nouvelles précisions sur la sexualité des végétaux. En 1714, il fit construire la première serre chaude de France au Jardin du roi, permettant la culture du premier Caféier en France. Jacques Barrelier (1606-1673) et William Sherard (1659-1728) furent également des figures importantes de cette période.
Anatomie
L'utilisation du microscope, découvert par H. et Zacharias Janssen et perfectionné par Robert Hooke vers 1660, permit les premières études sur la structure des végétaux, marquant le début de l'histologie. En 1665, Hooke précisa que les tissus végétaux étaient formés de cellules. Nehemiah Grew (1641-1712) et Marcello Malpighi (1628-1694) découvrirent que les végétaux étaient constitués de « vésicules » et de « tubes », certains présentant des structures spiralées ou ponctuées.
L'examen au microscope permit à Malpighi de détailler la localisation des différents tissus, distinguant notamment l'écorce, les fibres et les faisceaux libéro-ligneux. Il expliqua l'accroissement en épaisseur des tiges et étudia la structure de la feuille, démontrant que les raquettes d'Opuntia étaient des tiges aplaties et non des feuilles. Grew, de son côté, montra que certains tubercules étaient des tiges hypertrophiées.
Physiologie végétale
Les premières recherches en physiologie végétale furent initiées par Jan Baptist Van Helmont (1577-1644) sur la nutrition des plantes. Edme Mariotte (v. 1620-1684) entreprit une première étude des composés chimiques des plantes, pensant que la pression de la sève commandait leur croissance. Claude Perrault (1613-1688) démontra expérimentalement la présence de deux sèves, et Denis Dodart (1634-1707) étudia le géotropisme des tiges et des racines.
En 1671, Malpighi attribua un rôle nutritif aux feuilles des végétaux. Robert Boyle (1627-1691) et C. Menet anticipèrent l'influence des composés de l'air sur les plantes. Paolo Boccone (1633-1704) étudia la fécondation des palmiers, et Rudolf Jakob Camerarius (1665-1721) démontra définitivement la sexualité des fleurs en 1694.
Le XVIIIe siècle
Figure majeure : Carl von Linné
Au XVIIIe siècle, Carl von Linné (1707-1778) domina la botanique, mais d'autres œuvres importantes furent publiées, telles que l'Essai élémentaire sur la botanique et les Lettres sur la botanique de J.-J. Rousseau, les Elementa botanica de Necker, et The Vegetable System de Bryant, Pulteney et Hill. L'œuvre familiale des Jussieu et les travaux de Buffon, intendant du Jardin du roi, furent également marquants.
Phanérogamie
Outre Linné, les contributions de François Boissier de Sauvages (1706-1767), Louis Claret de La Tourrette (1729-1793), Louis L'Héritier de Brutelle (1746-1800), et Michel Adanson (1727-1806) furent significatives. Adanson tenta de classifier les plantes en examinant un maximum de caractères, mais ses cinquante-huit familles ne furent pas naturelles. Johann Gottlieb Gleditsch (1714-1786) et Jean Gilibert (1741-1814) apportèrent également leur contribution.
En France, les premières flores locales furent publiées : Jean Bergeret et l'abbé Pourret pour les Pyrénées, Dominique Villars pour le Dauphiné, et Antoine Gouan pour Montpellier. La Flore française de Jean-Baptiste de Lamarck, parue en 1778, domina par sa précision et son ampleur, introduisant des clés dichotomiques pour la détermination des espèces.
Cryptogamie
J. Dillen (1687-1747) se spécialisa en bryologie, définissant les genres Hypnum, Bryum et Sphagnum. Antoine de Réaumur s'intéressa aux Nostochs et aux Fucus, tandis que Pierre Bulliard fit des études systématiques sur les champignons supérieurs. En Suède, Erik Acharius étudia plus de huit cents espèces de lichens.
Voyages et explorations
Les expéditions de Bougainville (1766-1769) et de Cook furent marquées par la participation de nombreux botanistes tels que Philibert Commerson, Joseph Banks, et Daniel Solander. D'autres naturalistes comme Michel Sarrazin, André Michaux, et John Clayton explorèrent l'Amérique du Nord, tandis que Louis Feuillet et Joseph de Jussieu étudièrent l'Amérique du Sud.
En Afrique, Michel Adanson et Pierre Poivre furent des figures clés, Adanson vivant cinq ans au Sénégal et Poivre visitant les îles Moluques et créant des jardins botaniques. Jonas Bergius, Peter Thunberg, et Francis Masson explorèrent la flore du Cap, tandis que Jean Poiret et René Louiche Desfontaines étudièrent l'Afrique du Nord.
Sexualité des plantes
Les travaux de Camerarius sur la sexualité des plantes furent poursuivis par Richard Bradley, qui réussit les premiers hybrides scientifiques. Wilhelm von Gleichen décrivit la germination du pollen, et J. Logan démontra le rôle du vent dans la fécondation. Kurt Sprengel expliqua la fécondation entomophile, et Josef Gottlieb Kölreuter précisa la notion d'hybrides fertiles et stériles.
Physiologie
Les découvertes de Lavoisier sur la putréfaction et la combustion, ainsi que les travaux de Joseph Priestley et Johannes Ingen-Housz sur l'absorption du gaz carbonique et la photosynthèse, dominèrent le XVIIIe siècle. Stephen Hales précisa le mécanisme de circulation de la sève et Jean Étienne Guettard mesura la transpiration des végétaux. N. Sarabat mit en évidence le lieu de circulation de la sève brute, et L. Duhamel du Monceau entreprit des recherches sur les rejets de l'eau.
Anatomie
En anatomie, Nicolas Malebranche découvrit la présence d'organes sexués chez les végétaux en 1683. Grew et Malpighi continuèrent leurs recherches sur les tissus végétaux, et Ludwig et Caspar Bauhin définissaient les genres et les espèces. Bernard de Jussieu réalisa un immense herbier pour le Muséum de Paris, et Sébastien Vaillant fit d'importantes observations sur les fleurs.
Le XIXe siècle : Évolution et transformation des espèces
À mesure que la connaissance des plantes s’approfondissait, le nombre d’espèces recensées augmentait considérablement, rendant leur distinction de plus en plus complexe. Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) s’interrogea sur l’immuabilité des espèces et proposa qu’elles pourraient se transformer d’une forme à une autre.
Les effets du milieu sur les espèces
Les modifications des espèces dues aux influences environnementales furent largement étudiées en biologie végétale, donnant naissance au néo-lamarckisme. Des chercheurs comme Julien Costantin (1857-1936) explorèrent l’impact du milieu souterrain, tandis que Gaston Bonnier (1853-1922) et ses collègues analysèrent l'effet de l'altitude, des climats montagnard et polaire, du climat marin, ainsi que de l'ombre et du soleil sur la structure des feuilles.
- Julien Costantin : Milieu souterrain
- Gaston Bonnier : Altitude, climats montagnard et polaire
- P. Lessage : Climat marin
- Léon Dufour : Influence de l’ombre et du soleil sur les feuilles
Phanérogames et cryptogames
Ces études s'étendirent aux Phanérogames et aux Cryptogames (Mousses et Champignons). Des expériences en laboratoire démontrèrent la plasticité des espèces, telles que la disparition du tissu de soutien chez les plantes submergées ou l'apparition de feuilles en remplacement des piquants chez les plantes des zones arides.
- J. Costantin : Disparition du tissu de soutien
- A. Lothelier : Apparition de feuilles en atmosphère saturée
- Alexis Jordan : Hérédité des petits caractères chez les Draba
Systématique : Classification et phylogénie
Les travaux de classificationLa systématique botanique du XIXe siècle connut une profonde transformation grâce aux travaux de Darwin et d’Alfred Russel Wallace (1823-1913). Robert Brown (1773-1858) améliora considérablement la classification en distinguant les Angiospermes des Gymnospermes.
- Augustin Pyrame de Candolle : Théorie élémentaire (161 familles en 1813, 213 en 1844)
- John Lindley et Stephan Endlicher : Généralisations sur les végétaux
- Adolphe Brongniart : Classification basée sur l’anatomie
Les grandes œuvre de phylogénie
Des botanistes comme Engler et Prantl entreprirent des travaux colossaux (Die natürlichen Pflanzenfamilien), synthétisant le règne végétal en vingt volumes. Leurs ouvrages, comme le Pflanzenreich, restent des références fondamentales pour la systématique contemporaine.
Explorations et découvertes botaniques
Grandes explorations du XIXe SiècleLe XIXe siècle fut marqué par des explorations botaniques majeures, réduisant les terres inconnues. Des botanistes décrivirent des espèces dans des régions comme l’Amérique, l’Afrique et l’Asie.
- Auguste de Saint-Hilaire et Karl Friedrich von Martius : Flore du Brésil
- Henri Baillon : Histoire des plantes (13 volumes)
- Botanistes voyageurs français : F. A. Michaux, Victor Jacquemont, Aimé Bonpland, etc.
Cryptogamie : études sur les algues, champignons et lichens
Mycologie et pathologie végétaleChristiaan Hendrik Persoon (1755-1836) publia en 1801 le premier grand traité de mycologie. Les travaux de pathologie végétale sur les champignons, comme ceux de Heinrich Anton de Bary (1831-1888), furent essentiels pour développer des traitements contre les maladies des plantes, notamment le mildiou de la vigne.
Algues et lichens
Les recherches sur les algues, menées par des scientifiques tels que Gustave Thuret et Édouard Bornet, permirent de découvrir les mécanismes de fécondation chez ces organismes. Charles Tulasne et Frédéric Nylander firent des avancées significatives sur l’anatomie et la reproduction des lichens.
Anatomie et cytologie végétale
L'usage de microscopes de plus en plus puissants permit des avancées significatives en anatomie végétale. Des chercheurs comme Matthias Jakob Schleiden et Theodor Schwann établirent la théorie cellulaire, fondamentale pour la compréhension de la structure et de la fonction des plantes.
Études des tissus et cellules
Les recherches sur les tissus végétaux furent enrichies par les travaux de botanistes comme Charles François Brisseau de Mirbel, qui fonda l’anatomie végétale microscopique, et Johann Jakob Moldenhawer, qui distingua les structures primaires et secondaires des plantes.
- Franz Meyen : Description des grains d'amidon et de chlorophylle
- Hugo von Mohl : Analyse du protoplasme végétal
- Karl Wilhelm von Nägeli : Études sur les méristèmes
Géographie botanique et écologie
Les premiers travaux de géographie botanique furent publiés par Alexander von Humboldt et Carl Ludwig Willdenow, s’intéressant aux relations entre les plantes, le climat, et le sol. Alphonse de Candolle et August Grisebach marquèrent des étapes importantes dans ce domaine, posant les bases de l'écologie botanique.
Études écologiques et féographiques
Des chercheurs comme Hermann Christ, Drude Johannes, et Warming établirent les principes de l'écologie, analysant les interactions entre les plantes et leur environnement. Ces études contribuèrent à une meilleure compréhension des distributions végétales à l’échelle globale.
L’importance de l'eau dans le domaine de la botanique
L’eau, élément fondamental de toute vie sur terre, a captivé l’intérêt des savants à travers les âges. Henri Dutrochet (1776-1847) fut parmi les premiers à dévoiler les mystères de l’osmose, énonçant en 1827 les premières lois sur ce phénomène crucial pour comprendre les échanges hydriques au sein des organismes vivants. Par la suite, Wilhelm Pfeffer (1845-1920) perfectionna l’osmomètre vers 1880, permettant des mesures plus précises, tandis que Hugo De Vries (1848-1935) et Jacobus Henricus Van’t Hoff (1852-1911) contribuèrent à consolider ces théories au travers de leurs travaux sur les cellules végétales, culminant en 1884 avec la formulation définitive des lois de l’osmose en collaboration avec Svante Arrhenius (1859-1927).
La circulation de la sève et la nutrition minérale
Les avancées dans la compréhension de la sève brute et de la nutrition minérale furent également significatives à cette époque. Divers scientifiques, de Jules Jamin (1818-1886) à Edward Strasburger (1844-1912), explorèrent les mécanismes complexes de la circulation de la sève à travers les plantes, étudiant des phénomènes tels que l'osmose, la capillarité et la cohésion. Parallèlement, les travaux pionniers de J. von Liebig et de J. Sachs enrichirent notre compréhension des substances essentielles nécessaires à la croissance végétale, un travail facilité par les développements des milieux de culture artificiels au XIXe siècle.
Le développement de la botanique au XXe siècle
Au cours du XXe siècle, la botanique se spécialise davantage, entraînant une prolifération de nouvelles théories et une intensification des études. Les travaux morphologiques de Karl Goebel et de Philippe Van Tieghem marquèrent cette période, jetant les bases pour l’étude de la structure et de la fonction des organes végétaux. Des avancées majeures en phyllotaxie par des chercheurs comme Arthur J. Eames et Lucien Plantefol permirent de mieux comprendre la disposition des feuilles sur les tiges et leur rôle dans la reproduction des plantes.
Les avancées en cytologie et génétique végétale
La cytologie végétale connut également une évolution spectaculaire pendant cette période. De l’étude approfondie de la cellule végétale à la découverte des chromosomes et de leur lien avec l’hérédité, les chercheurs comme Georges Mangenot et Alexandre Guilliermond contribuèrent à éclaircir les mystères de la reproduction des plantes et à ouvrir de nouvelles perspectives pour la génétique végétale.
L'exploration et la taxonomie
L’exploration botanique à travers le monde ne cessa de croître, alimentant les grands herbiers mondiaux et facilitant la découverte de milliers de nouvelles espèces. Des efforts concertés en systématique et en taxonomie, soutenus par des méthodes modernes telles que la chimiotaxonomie et la sérologie, ont permis une classification plus précise et plus nuancée des plantes, révélant les relations naturelles entre les différents groupes.
Classification et évolution des angiospermes
Les Angiospermes sont étudiées selon divers systèmes de classification tels que ceux de George Bentham, Joseph D. Hooker, Adolf Engler, Charles E. Bessey, John Hutchinson, O. Tippo, et Louis Emberger. Ces classifications, de nature phylogénétique, intègrent les données de la paléontologie ainsi que la complexité variable de l'appareil floral, primitif dans certains groupes et très évolué voire régressif dans d'autres.
Gymnospermes : Diversité et fragmentation
Les Gymnospermes, réparties en six ordres incluant des espèces fossiles comme les Cycadales, Bennettitales, Ginkgoales, Cordaïtales, Coniférales, et Gnétales (Engler, 1897), montrent une tendance croissante à la fragmentation. Certains chercheurs ont même proposé leur scission complète, en se basant sur l'évolution des organes sexuels et le développement sporadique de l'ovule en graine, un phénomène restreint à quelques groupes spécifiques (travaux de Berry, B. Sahni, Carl Rudolf Florin, Louis Emberger, John Theodore Buchholtz, Henri Gaussen, et P. Martens).
Cryptogamie : Études sur les ptéridophytes et les bryophytes
Les Ptéridophytes, explorées par Edward Charles Jeffrey, A. Engler, Karl Prantl, Karl Goebel, J. P. Lotsy, Frederick Orpen Bower, O. Lignier, Dunkinfield Henry Scott, et M. Hirmer, démontrent une évolution progressive en cinq phylums distincts. Initialement peu étudiées, les Bryophytes suscitent un intérêt croissant pour leur physiologie, morphologie, et biologie, avec des découvertes récentes enrichissant la liste des espèces et familles.
Mycologie : Développement et spécialisation
La mycologie moderne se divise en diverses spécialités comme la phytopathologie, la mycologie médicale, l'étude des Champignons microscopiques du sol, l'ethnomycologie, les substances hallucinogènes, les mycorhizes, et les symbioses génétiques. Les Champignons sont classifiés en Myxomycètes, Phycomycètes, Ascomycètes, Basidiomycètes, et Champignons imparfaits, sous la direction de chercheurs éminents tels que E. A. Bessey, Marius Chadefaud, Fernand Moreau, et George W. Martin.
Algologie : Évolution et classification
Les Algues, objet d'études en histologie, cytologie, biochimie, physiologie (nutrition et reproduction), sont classées en plusieurs phylums distincts (Chadefaud). Les Algues bleues, caractérisées par leur organisation cellulaire et leurs pigments, les Algues vertes, aux morphologies variées, les Algues brunes, principalement marines, et les Algues rouges, masquant leur chlorophylle par de la phycoérythrine, présentent un cycle sexuel et un mode de reproduction distinct.
Étude des lichens et physiologie végétale
Après une période de ralentissement, les études sur les Lichens reprennent vigueur. Des chercheurs tels que Harmand, Hue, F. W. Zopf, F. Tobler, Fernand Moreau, J. Maheu, et M. Chadefaud ont contribué à une meilleure compréhension, notamment par l'approfondissement de la classification basée sur l'anatomie. La physiologie végétale, intensément développée au XXe siècle, a concentré ses recherches sur la croissance, les tropismes, la respiration, la photosynthèse, et la nutrition minérale.
Nutrition minérale et avancées en physiologie
La nutrition minérale des plantes, un domaine crucial, a vu l'identification d'une gamme étendue d'éléments indispensables, incluant des oligo-éléments actifs à des concentrations infinitésimales comme le molybdène (Gabriel Bertrand, Maurice Javillier, P. Mazé). La culture d'organes et de tissus in vitro a démontré la nécessité de ces éléments pour l'établissement de milieux de culture appropriés (P. R. White, Frederick Chapman Robbins, René Heller).
Rôle de la botanique dans l'humanité
La botanique, bien que plus tardive que les mathématiques ou la médecine dans son développement, a connu une croissance significative aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, boostée par les avancées techniques en optique, chimie, mécanique, électrique, et électronique au XXe siècle. Cette expansion rapide s'est accompagnée d'une spécialisation en disciplines interconnectées.
L'humanité, en pleine expansion démographique, prend conscience de l'urgence alimentaire et de la détérioration des terres arables, souvent par ses propres actions. La botanique devient ainsi un allié crucial, proposant des solutions pour améliorer les rendements agricoles, exploiter des territoires réputés stériles, voire utiliser des plantes jusqu'alors non considérées comme comestibles, telles que les Algues.
La conservation de la nature, vitale pour la survie humaine, a conduit à la formation d'organismes internationaux dédiés à la préservation de la biodiversité et à l'utilisation durable des ressources. L'UNESCO et la FAO soutiennent les recherches botaniques pour une gestion rationnelle des territoires tout en préservant les fragiles équilibres biologiques de notre planète.



