Télé-réalité : les répliques les plus débiles
Les sociétés de production et les chaînes qui participent à cette crétinerie sans bornes ont forcément une responsabilité sur la santé de la matière grise des générations futures. Comment peut-on diffuser du vide intersidéral à des heures de grande écoute ?
Ces programmes de TV réalité archi-débiles doivent-ils être des repaires culturels pour la jeunesse ? La vulgarité et l'agressivité gratuite sont pour les diffuseurs, les qualités requises pour montrer sa tête de bas de plafond à la télévision. La télé-réalité est à la TV ce que le MMA est au sport. Une insulte à l'intelligence.La crétinerie en prime time : Un fléau globalisé
Force est de reconnaître que la téléréalité a bouleversé le paysage audiovisuel planétaire, imposant une forme de voyeurisme sociétal qui fascine et inquiète à la fois. D’aucuns y voient une émanation inquiétante d’un univers dystopique à la Orwell, où la frontière entre réalité et spectacle est brouillée. Le New York Times avait, en son temps désigné ce genre de programme comme un « cinéma-vérité à la Orwell », allusion sévère mais pertinente.
Le phénomène s’est propagé comme une traînée de poudre, suscitant des vagues de passion incontrôlées. En Espagne, Gran Hermano a plongé la population dans une frénésie délirante. Aux États-Unis, l’ultime épisode de Survivor a rassemblé près de 51 millions de téléspectateurs. En France, selon les chiffres d'iMédias, la finale de Star Academy 5 a attiré 11,4 millions de personnes. La Chine, elle, n’a pas été en reste avec Super Girl, équivalent de Pop Idol, captivant 400 millions de spectateurs et générant des millions de SMS en réaction aux performances.
Définition de la téléréalité
Le terme téléréalité est une adaptation de l’anglais reality show ou real-life soap. Il renvoie à un type de programme où des personnes ordinaires sont placées sous l’œil inquisiteur des caméras, souvent dans des contextes qui engendrent des conflits domestiques d'une vacuité sans nom. Ce genre, entre fiction et documentaire, emprunte à divers formats : concours, caméras cachées, ou encore cinéma-vérité.
Bien que ce concept semble contemporain, ses racines plongent dans les œuvres cinématographiques. Alfred Hitchcock, dans son film Rear Window (1954), nous propose un voyeur cloué chez lui espionnant les faits et gestes de ses voisins. Toutefois, c’est en 1973 que la première émission associée à la téléréalité voit le jour. An American Family, diffusée sur PBS aux États-Unis, offre au public une plongée inédite dans la vie quotidienne d'une famille américaine, avec plus de 300 heures de tournage condensées en plusieurs épisodes. Ce programme, réalisé par Craig Gilbert a marqué les esprits en tant qu’« expérience sociologique », attirant plus de 10 millions de téléspectateurs lors de son épisode final.
Un succès global
Malgré l’énorme succès de An American Family, le concept de la téléréalité ne fait pas immédiatement l’unanimité dans l’industrie. Pourtant, les institutions culturelles et les critiques, telles que la Fondation Ford, voient dans ce format une opportunité pour la télévision de se reconnecter avec la réalité du quotidien. Ce renouveau s’incarne en 1974 avec la BBC et son programme The Family. En Australie, la chaîne ABC relance l’idée en 1992, ouvrant la voie à une normalisation de la téléréalité.
Au Québec, l’émission Pignon sur rue, diffusée en 1994, marque le paysage local en documentant la vie d’un groupe de jeunes adultes cohabitant dans un appartement. Selon son producteur, Pierre-Paul Larivière, cette émission a réussi à créer une « communauté virtuelle » avant même l’avènement des réseaux sociaux. Ce succès témoigne de l’influence durable de ce type de programme qui deviendra peu à peu un pilier incontournable de la télévision contemporaine.

