La philosophie du laisser livre
Les premiers penseurs taoïstes émergent au VIe siècle avant J.-C. durant la période de déclin de la dynastie des Zhou. La désintégration du régime féodal et les guerres incessantes poussent les penseurs à rechercher des solutions aux bouleversements politiques et sociaux. Alors que les confucianistes, les mohistes et les légistes proposent des réformes pour structurer la société, les taoïstes, en revanche, estiment que ces efforts ne font qu’accentuer les maux humains. Parmi les ermites de cette époque, Yang Zhu se distingue par son aphorisme : « Même si arracher un cheveu pouvait sauver le monde, je ne le ferais pas », soulignant l’importance primordiale de la vie personnelle pour les taoïstes.

Laozi (Lao-tseu)
Laozi, souvent identifié par son ouvrage le Daodejing, est une figure emblématique du taoïsme. Ce texte, aussi connu sous le nom de Livre de la Voie et de la Vertu, est célèbre pour son style concis et imagé, suscitant de nombreuses interprétations. Confucius aurait rencontré Laozi, lui posant des questions sur les rites, ce qui a contribué à l’associer à l’auteur du Daodejing. Selon les Mémoires historiques de Sima Qian, l’auteur serait Li Er ou Li Dan, mais la véritable identité de Laozi reste mystérieuse.
- La dé-définition de l’homme : Laozi considère que toute tentative de définir l’homme ou de le modeler viole sa véritable nature. Il rejette les critères artificiels de conduite pour replacer l’homme dans le monde originel du dao.
- Le dao : Signifiant « chemin » ou « voie », le dao est le principe suprême, une force cosmique indéfinissable et sans attribut spécifique, représentant le néant ou l’« être pur ».
- Le non-agir : Le concept de wuwei (non-agir) prône l’inaction apparente, laissant chaque être se développer naturellement sans intervention artificielle, à l’image du dao.
- La loi du retour : Observant la nature, Laozi note que tout revient à son état originel. Le retour au dao implique humilité, souplesse et féminité, valorisant l’alignement avec la nature.
- Mysticisme : Laozi aspire à une vie authentique et mystique, en communion avec l’univers, dépassant les valeurs artificielles pour embrasser l’immédiateté et la profondeur de l’existence.
Zhuangzi (Tchouang-tseu)
Zhuangzi, un autre grand penseur taoïste du IVe siècle avant J.-C., enrichit la philosophie taoïste après Laozi. Originaire de Meng, Zhuangzi vit en ermite et écrit un recueil de 52 chapitres, dont 19 sont perdus. Ses sept premiers chapitres sont les plus authentiques, caractérisés par un style lyrique et satirique, reflet de son esprit libre.
- Relativité de la connaissance : Zhuangzi soutient que la vérité est subjective, chaque individu percevant le monde selon sa propre nature. Le dao transcende toutes ces subjectivités, unifiant toutes les choses en une seule réalité.
- Individualité et bonheur : Pour être heureux, chacun doit vivre selon sa nature propre. Zhuangzi prône le wuwei (non-agir) comme méthode de gouvernance, laissant la nature suivre son cours.
- Inutilité et longévité : La véritable existence ne poursuit aucun but extérieur. En vivant sa nature individuelle, l’homme atteint la tranquillité et la longévité.
- Bonheur absolu et liberté : Le bonheur ultime réside dans l’union avec le dao, une liberté absolue, indépendante des contingences matérielles.
- Immortalité : Le sage, en adoptant le point de vue du dao, transcende la mort, percevant la vie et la mort comme des changements successifs d’un même état.
- Mysticisme poétique : La pensée de Zhuangzi, riche en métaphores et paraboles, aspire à l’union mystique avec le dao, au bonheur et à l’immortalité, exprimée dans un style lyrique et visionnaire.
Le Néo-taoïsme
Durant la dynastie des Han et les périodes tumultueuses suivantes, le taoïsme connaît un renouveau. Des lettrés comme Wang Bi et Guo Xiang approfondissent et commentent les écrits de Laozi et Zhuangzi, transformant le mysticisme originel en une philosophie plus structurée. Le dao est alors interprété comme une force véritablement indéfinie, un néant à partir duquel toutes choses émergent spontanément.
Le taoïsme valorise l’individualité et la singularité. Certains taoïstes, comme les Sept Sages de la Forêt des Bambous, vivent en marge de la société, prônant une liberté de pensée et d’action souvent provocatrice. Ils cultivent une personnalité yi, une originalité spontanée et extravagante, échappant à toute classification.

Le Taoïsme dans la culture chinoise
Le taoïsme joue un rôle contestataire face au confucianisme, ouvrant l’horizon de l’homme vers l’univers et affirmant la valeur de l’existence individuelle. Malgré leur opposition initiale, le taoïsme et le confucianisme finissent par s’influencer mutuellement, enrichissant la pensée chinoise. Le bouddhisme, avec ses affinités spirituelles, contribue également à l’élaboration du taoïsme, fusionnant leurs métaphysiques et enrichissant la tradition philosophique chinoise.
Introduction à la Religion taoïste
Le taoïsme est une religion majeure en Chine, elle partage la scène spirituelle avec le bouddhisme. Ancrée dans une philosophie mystique, cette approche vise à comprendre les profondeurs de l’existence humaine et à découvrir les secrets de la longévité.
Philosophie et confucianisme
La philosophie taoïste se distingue nettement du confucianisme. Tandis que le confucianisme insiste sur l’essence et les rituels sociaux, le taoïsme affirme l’existence en se détachant des essences prédéfinies. Le taoïsme cherche à déchiffrer les mécanismes de l’existence réelle à travers une expérience mystique.
Expérience mystique et pratiques
Le taoïste philosophe vit l’existence comme une expérience mystique tandis que l’adepte cherche à percer les mystères de cette expérience pour prolonger sa vie vers l’éternité. La métaphysique taoïste prend un sens concret : le vide devient l’espace réel, le souffle cosmique est lié à la respiration, et l’essence se traduit par le sperme. En somme, une philosophie mystique se transforme en un système de pensée occulte et pratique.
Nature de l’immortalité
Dans le taoïsme, l’immortalité n’est pas spirituelle mais physique. Il n’y a pas de transcendance mais une transmutation. Cette transformation est rendue possible par diverses recettes et pratiques.
Les pratiques pour l’immortalité
- Alchimie externe (waidan): Cherchant l’immortalité par l’absorption d’éléments incorruptibles comme l’or et le cinabre, cette méthode est détaillée dans des traités tels que le Zhouyi Cantongqi de Wei Boyang.
- Alchimie interne (neidan): Cette pratique se concentre sur l’harmonisation des forces internes du corps pour atteindre l’immortalité, en transformant les principes mortifiants en principes vivifiants.
- Gymnastique: La circulation du souffle est cruciale pour la santé et la longévité. Le taiji-quan est une forme de gymnastique taoïste qui combine relaxation et concentration.
- Bonnes actions: La longévité ne peut être atteinte sans une dimension morale. Les bonnes actions sont donc essentielles dans la quête de l’immortalité taoïste.
La béatitude terrestre
Dans le taoïsme, la béatitude est liée à l’immortalité physique. Être signifie être bien. Pour éviter les malheurs et atteindre la béatitude, diverses méthodes sont utilisées, telles que l’astrologie, la géomancie, les cérémonies et les talismans.
Évolution historique
Bien que la tendance taoïste soit antérieure à l’œuvre de Laozi, le taoïsme religieux s’est structuré à partir du IIe siècle après J.-C., souvent en rivalité avec le bouddhisme. Le taoïsme a alors adopté des institutions, des rites et une littérature inspirés du modèle bouddhiste.
Les relations entre bouddhisme et taoïsme furent tumultueuses, marquées par des luttes pour obtenir la faveur des empereurs. Sous diverses dynasties, le taoïsme a été réprimé, ses textes brûlés et ses temples détruits. Malgré cela, la croyance taoïste est restée enracinée dans le peuple.
Exploration des mystères du corps
Le taoïsme a apporté une grande richesse de connaissances en matière de respiration, concentration, gymnastique, kinésithérapie, massage, hypnose, diète, etc. Ces pratiques ont influencé diverses disciplines scientifiques et médicales.
Recherche des mystères de la nature
L’alchimie taoïste a contribué au développement de branches artisanales liées aux sciences, notamment dans la découverte de la force explosive et de la polarité magnétique.
Au déclin des dynasties, la doctrine taoïste a souvent été utilisée par les leaders de révoltes pour galvaniser leurs mouvements et renverser l’ordre établi.
Influence sur la littérature
Les textes taoïstes, riches en termes ésotériques et imagés, ont grandement influencé la littérature chinoise, en particulier le roman, la nouvelle et la poésie. Le célèbre poète Li Bo incarne parfaitement cette influence par ses poèmes célébrant la finitude humaine et la passion de vivre.
Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »