Histoire du cinéma Français
Les films, les acteurs emblématiques
Avant la Première Guerre mondiale, le cinéma français avait une position dominante sur le plan international.
Cinéma muet (1895-1929)
Le cinéma a été inventé par Auguste et Louis Lumière. Ils organisèrent leur première projection le 28 décembre 1895 au Grand Café de Paris. À cette occasion ils utilisèrent un matériel qu'ils avaient breveté : le cinématographe. Le public médusé assista aux premiers films jamais tournés jusqu'alors :
- Arrivée d'un Train à La Ciotat, 1895,
- La Sortie de l'usine Lumière à Lyon, 1895
- Démolition d'un mur, 1896.
Plus de mille films seront produits les deux années suivantes. En France, le principal concurrent, des frères Lumière sera Georges Méliès et sa société de production Star Film, spécialisée dans la réalisation de films fantastiques. Une approche qui contrastait avec celle des frères Lumière, qui eux, avaient fait le choix de filmer la réalité. Avant que sa société ne fasse faillite, Méliès réalisera près de 800 films.
Un autre acteur majeur du cinéma fait son apparition, Charles Pathé. Il s'associe avec frère Émile pour fonder une entreprise qui sera considérée comme la première de l'ère moderne en matière de production cinématographique. La seule à l'époque à prendre en charge toutes les étapes d'un film, du tournage jusqu'à
sa promotion et sa distribution en salle.
Une période trépidante où les entreprises se multiplient, dont celle de éon Gaumont qui fera d'Alice Guy, sa première réalisatrice.
Entre 1908 et 1914, le jeune cinéma français lance des acteurs emblématiques tels que Max Linder, qui inspirera largement Charlie Chaplin et Harold Lloyd. À cette époque, l'adaptation de romans est monnaie courante, notamment par l'intermédiaire de Louis Feuillade, l'un des metteurs en scène les plus en vue.
Un film à caractère historique marquera la période :
- L' assassinat du duc de Guise (1908), réalisé par André Calmettes et Charles Le Bargy sur une musique de Camille Saint-Saëns.
La montée en puissance des producteurs américains et scandinaves mettra fin à l'hégémonie française sur le cinéma qui connaîtra ensuite des années de disette. Un film est cependant à mentionner : Les vampires de Louis Feuillade, tourné en 1915 avec la star de l'époque, Musidora dans le rôle d'Irma Vep.
Après la Grande Guerre
Le cinéma français se calque peu ou prou sur ce qui est réalisé Outre-atlantique. Une sensibilité se dessine, avant-gardiste. Elle sera largement influencée par Louis delluc *, un critique de cinéma qui donnera une véritable direction à la production française, jugé trop superficielle à son goût.
Films importants de la période
:- La Roue d'Abel Gance (1923) et L'Inhumaine de Marcel L'Herbier (1924).
Ces réalisateurs exploreront d'autres voies, notamment avec l'utilisation de techniques de prises de vue novatrices telles que des effets de surimpression qui donnent un aspect subjectif à l'image. Germaine Dulac, quant à elle, conceptualisa le cinéma comme un art ayant son propre langage.
Ce fut grâce à des figures comme Louis Delluc, mais également Jean Epstein, Abel Gance et Marcel L'Herbier que l'impressionnisme au cinéma acquit ses lettres de noblesse.
Une seconde avant-garde apparue en 1923 et en 1924 à travers le mouvement Dada et le surréalisme. Ce fut aussi le temps cinématographique du photographe américain
Man Ray et du peintre Fernand Léger qui
s'essayèrent eux aussi, au cinéma expérimental à la façon de Germaine Dulac.
Zoom : deux réalisateurs laisseront leurs empreintes au cinéma surréaliste : René Clair et Luis Buñuel.
Cinéma populaire (années 23-36)
Contrairement aux intellectuels qui avaient une forme de mépris pour le cinéma, le public français lui était friand de comédies populaires, incarnées par les films de Jean Kemm :
- L'enfant Roi (1923) ou Fanfan La Tulipe de René Leprince (1925).
- Un chapeau de paille d'Italie et Les deux timides de René Clair. 1928.
- Les Bas-fonds de Jean Renoir qui remporta le prix Louis Delluc. 1936.
Au cours de cette période, le cinéma français puise dans les artistes du théâtre et du music-hall. Il y a Maurice Chevalier qui traversera ensuite l'atlantique dans les années 30 afin de donner un nouveau souffle à sa carrière.
Gaby Morlay et Michel Simon ont également débuté au théâtre . Ce dernier dénotera à l'écran par son caractère à la fois excentrique et flamboyant, porté par un physique singulier. Boudu sauvé des eaux (1932) de Renoir incarne parfaitement cette sensibilité française.
Durant ces années, l'influence du cinéma américain fut très important. Les impressionnistes français trouvaient leur inspiration dans le travail à la caméra de D.W. Griffith, ou encore dans la façon d'éclairer de Cecil B. DeMille.
Le cinéma français tiendra une place à part à l'échelle mondiale, car considéré comme le précurseur du mouvement surréaliste. Un exemple emblématique : Un chien Andalou de Luis Buñuel (1929).
La période classique 1929-1940
Le son fît son apparition et paradoxalement, elle coïncida avec l'âge d'or du théâtre filmé. Un point de convergence à partir duquel le 7ème art se cherchait une identité. Il y avait d'un côté Gance ou L'Herbier, héritiers de l'impressionnisme et attachés à la dimension onirique de l'image et de l'autre, des réalisateurs comme Duvivier ou Renoir qui utilisaient le son pour explorer d'autres façons de raconter une histoire.
En parallèle à ces tâtonnements artistiques, l'industrie cinématographique se réorganisait à travers des sociétés telles que Gaumont ou Pathé.
Film marquant : La tendre ennemi du réalisateur Max Ophul (1936), un juif allemand qui choisit de devenir français après avoir pressenti la montée en puissance d'Hitler. Durant cette période, près de 120 films étaient produits en moyenne chaque année.
Dans le genre du théâtre filmé, il y eu bien entendu Sacha Guitry ou encore l'écrivain,
dramaturge et cinéaste
Marcel Pagnol. Celui-ci créera même ses propres studios dans le sud de la France.
Ils donneront naissance à des films cultes comme Marius, réalisé par Alexander Korda (Scénario de Pagnol.1931), Fanny de Marc Allégret (Scénario de Pagnol. 1932) et César qu'il réalisera lui-même.
Des comédiens exceptionnels participeront à ces productions : Raimu, Orane Demazis, Pierre Fresnay, Fernand Charpin et bien entendu Fernandel.
L'écrivain André Bazin pourtant opposé au théâtre filmé saluera la subtilité de leur travail. Attaché à sa tradition musicale, le cinéma français produira des films cultes. on peut citer Zouzou avec Joséphine Baker. (1934)
Le Front Populaire comme source d'inspiration
La période entre 1936 et 1938 est marqué par de nombreux changements politiques. Le Front populaire fait une alliance historique avec toutes les composantes de la gauche. Il obtiendra des droits majeurs pour le citoyen : la réduction du temps de travail ramené à 40 heures par semaine, des congés payés de 15 jours, la mise en place des conventions collectives, et même l'établissement d'un service de santé publique... autour de la pratique du sport.
Ces bouleversements sociaux libéreront les énergies intellectuelles. Des films mettront l'accent sur la valeur travail. Jean Renoir, fortement influencé par le Front populaire réalisera Le Crime de monsieur Lange (1935), Les Bas-fonds, La vie est à nous (1936) et même un film sur l'histoire d'une coopérative de travail, La Marseillaise (1938). Après la défaite du Front populaire, Le cinéma français prend des teintes automnales, poétiques et mélancoliques, constitué d'histoires d'amour qui se terminent mal, de crimes ou de trahisons.
Films qui illustrent parfaitement ce vague à l'âme : Quai des brumes et Le jour se lève de Marcel Carné avec Jean Gabin, Michèle Morgan, Arletty, Michel Simon et Pierre Brasseur.
La Seconde Guerre mondiale : 1939-1945
La production cinématographique s'arrête presque totalement durant cette période. En 1940, fut créé le COIC (Comité pour l'organisation de l'industrie cinématographique) qui deviendra le CNC (Centre national du cinéma) en 1946.
Cet organisme créera ensuite l'IDHEC, (Institut des Hautes Études Cinématographiques) en 1944, sous l'égide de Marcel L'Herbier. Cette période trouble verra bon nombre de réalisateurs et comédiens s'expatrier aux États-Unis et en Amérique Latine : Max Ophuëls, Jean Renoir, René Clair, Jean Gabin et Michèle Morgan, Louis Jouvet.
1944- 1959
Époque charnière pour le cinéma français, coincé entre tradition et modernité, mis sous pression par un cinéma américain de plus en plus décomplexé et innovant. Il y a le cinéma bourgeois et raffiné incarné par Autant-Lara, René Clément, Henri-Georges Clouzot, Jean Cocteau et Jacques Tati.
Ils produiront des films majeurs : Casque d'or (1952), La symphonie pastorale (1946), Douce (1943). C'est l'éclosion de stars comme Simone Signoret et Gérard Philippe.
Progressivement, de nouveaux cinéastes apparaissent, notamment à la fin des années 50. Roger Vadim réalise Et Dieu créa la femme, Jean-Pierre Melville, Le silence de la mer. Suivront La pointe courte d'Agnès Varda et Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle.
La Nouvelle Vague 1959-1969
L'impact de la télévision ne cesse de croître, engendrant une baisse des ventes des tickets de cinéma. C'est la mode des films à petits budgets, tournés à l'épaule, en "condition de reportage". Elle coïncide avec l'apparition de la Nouvelle Vague qui, grâce à un matériel cinématographique plus compact et léger se lancera dans le cinéma dit d'auteur. L'idée-force est de sortir d'un académisme à la Sautet pour se projeter dans le "cinéma vérité".
Le terme Nouvelle Vague fut employé par Françoise Giroud dans une série d'articles publiés dans le journal l'Express en 1957. Il fut ensuite repris un peu partout, notamment lors du Festival de Cannes. Désigné comme les "jeunes turcs", étroitement liés aux cahiers du cinéma, les têtes de gondole de la nouvelle vague furent François Truffaut , Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Claude Chabrol, Éric Rohmer et Agnès Varda...
Films références de la nouvelle vague
Les Quatre cents coups de Truffaut (1959) considéré comme un film majeur, mais également Le Beau Serge (1958) et Les Cousins de Claude Chabrol (1959).
Le jeu d'acteur évolue, devient plus spontané, colle davantage avec la réalité en étant moins surjoué. Des étoiles montantes pointent le bout du nez comme Jean-Paul Belmondo et Jeanne Moreau qui auront une influence significative sur le cinéma français. On peut également citer Brigitte Bardot, Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont.
Le cinéma français tente de nouvelles choses par l'intermédiaire du réalisateur et anthropologue Jean Rouch (1917-2004), adepte du "cinéma directe". D'autres formes narratives apparaissent avec Jean-Pierre Mocky ou Claude Lelouch, qui réalise Un homme et une femme.
Le travail des écrivains est porté à l'écran : Alain Resnais réalise Hiroshima, mon amour, sur un scénario et des dialogues de Marguerite Duras (1959). On peut également citer L'année dernière à Marienbad, (1961), d'Alain Robbe-Grillet avec l'immense Delphine Seyrig, habillé par Coco Chanel.
À cette époque, les studios des buttes Chaumont verront la cohabitation étrange entre le monde de la télévision et du cinéma, incarnée par Gilles Grangier ou Denys de La Patellière.
Malgré l'étiquette "intello" accolée au cinéma français, c'est paradoxalement le film de Gérard Oury, La grande vadrouille avec Bourvil et Louis De Funès qui obtiendra le plus grand succès au Box office.
Cinéma français : 1970 À 1989
Cette période est une sorte de carrefour, les réalisateurs s'engageant dans des directions très différentes. Des courants se forment. D'un côté, il y a ceux qui réintègrent la tradition cinématographique française, comme François Truffaut, inspiré par le cinéma de Guitry ou de Renoir. D'autres tels Godard ou Rivette continuent à explorer, à fouiller d'autres univers.
Il y a ceux qui allient néoclassicisme et modernité comme Louis Malle à travers Le Souffle au cœur (1971),
un film sur l'inceste ou Lacombe Lucien (1974), l'histoire d'un adolescent français qui collabore avec les allemands.
S'ensuit une nouvelle vague de cinéastes. C'est l'émergence de Jacques Doillon
et Jean
Eustache. Des réalisatrices importantes se font connaître dans les années 1980 et 1990. Claire Denis et Catherine Breillat.
En parallèle, le cinéma populaire est toujours fortement encré dans la culture française :
Les Aventures de Rabbi Jacob avec Louis de Funès, sorti en 1973.
En 1976 est créé la nuit des Césars qui se positionne en équivalent des Oscars américains pour le cinéma français.
En 1981, le soutien de l’État pour 7ème art sera le plus important jamais connu, impulsé par le ministre de l'époque, Jack Lang. De nombreux réalisateurs étrangers viendront trouver des financements parmi lesquels : Joseph Losey, Ettore Scola, Raoul Ruiz, Andrzej Wajda et Emir Kusturica.
Malgré une baisse du succès en salle des films français par rapport aux productions Hollywoodiennes, des succès marqueront la période : Trois hommes et un couffin et La vie est un long fleuve tranquille.
L'influence de la télévision
Dans les années 80, les stars de cinéma ont été éclipsées par les présentateurs vedette de la télévision, Jacques Martin ou Guy Lux pour ne citer qu'eux. Cette séquence coïncidera avec la reconnaissance d'actrices ou d'acteurs tels que Juliette Binoche
et Gérard Depardieu sur le plan international.
On reste cependant tout très loin de la notoriété que connurent Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon.
Années 1990-2000
C'est la période des adaptations littéraires au grand écran. Une façon de revaloriser un théâtre en perte de vitesse.
Les films marquants : Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau (1990), La Discrète de Christian Vincent, 1990 qui rencontrèrent un certain succès. Suivra ensuite une nouvelle génération de réalisateurs : Jean-Jacques Beineix, 37.2 , Mathieu Kassovitz, La Haine, Luc besson, Le grand bleu.
Les années 2000 sont marquées par les succès des films Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet ou le Pianiste de Roman Polanski.
* Le Prix Louis-Delluc est une récompense cinématographique très prisée des réalisateurs de long-métrage.



