Buster Keaton : The General
Le Mécano de la « GeneralUn chef d'oeuvre du cinéma
Sous le vaste ciel du Kansas, le 4 octobre 1895 Joseph Frank Keaton vint au monde, cet enfant allait devenir une légende du cinéma mondial sous le nom de Buster Keaton. Derrière son masque impassible se cachait un génie du burlesque ainsi qu'un un poète silencieux dont les prouesses physiques et l'inventivité allaient marquer le 7e art pour toujours. À seulement trois ans, Buster foulait déjà les planches du Music-Hall aux côtés de ses parents, Myra et Joe. Ensemble, ils formèrent "The Three Keatons" qui réalisa des spectacles où le jeune Buster, surnommé "la serpillière", était lancé comme un projectile par son père, survivant à chaque chute spectaculaire. Son impassibilité qui deviendrait sa signature est née de ces spectacles.
Les années 1920 virent l'essor de Keaton au cinéma. Sa carrière bien que brève, fut marquée par une intensité créative inégalée. En moins d'une décennie, il réalisa des chefs-d'œuvre tels que "Les Trois Âges" et "Le Mécano de la « General »", des œuvres où chaque geste participait d'une prouesse poétique visuelle, où chaque silence se transformait en symphonie. Son visage inexpressif porté par un regard vif créaient une tension unique entre le réalisme et la fiction, tandis que ses cascades défiaient les limites humaines, frôlant souvent le fantastique. Keaton, l'homme qui ne riait jamais naviguait dans un monde hostile avec une élégance qui lui était propre, transformant chaque obstacle en un ballet géométrique de mouvements et de rebondissements.
Cependant, Hollywood, avec ses rigueurs impitoyables finira par briser l'élan créatif de Keaton. En 1928, il signa avec la MGM une décision qu'il qualifia plus tard de "la plus grande erreur de sa vie". Privé de sa liberté artistique, il se retrouva enfermé dans des rôles médiocres, ses films souvent contrôlés par des producteurs qui ne comprenaient pas son génie.
Sa carrière déclina, et il sombra progressivement dans la dépression et l'alcoolisme. Malgré cela, Keaton ne disparut jamais totalement des écrans. Il fit des apparitions remarquées à la télévision et même un retour tardif au cinéma, notamment grâce à l'hommage que lui rendit Charlie Chaplin dans "Les Feux de la rampe".
En 1962, lors d'une rétrospective à la Cinémathèque française, Keaton traversa la salle sous un tonnerre d'applaudissements. Jean-André Fieschi, présent ce jour-là, raconta plus tard à Jacques Tati comment Keaton, sur l'estrade pleurait secrètement, ému par cette reconnaissance tardive. Cet homme, qui avait passé sa vie à affronter le monde sans jamais montrer ses émotions, laissait enfin paraître une facette de sa vulnérabilité.
Le 1er février 1966, Buster Keaton s'éteignit, emporté par un cancer du poumon. Ses films, redécouverts par de fervents cinéphiles, continuent d'inspirer des générations de spectateurs et de cinéastes. Un Oscar honorifique en 1960 marqua cette renaissance, Keaton restera cependant jusqu'à la fin de sa vie un homme simple, préférant la solitude et le calme.
La force de Keaton résidait dans cette capacité à transcender les contraintes matérielles du cinéma pour atteindre des sommets poétiques à travers ses gags d'une précision mathématique. Keaton savait mieux que quiconque exploiter l'espace et le temps avec une inventivité sans pareille. Par exemple lorsqu'il se retrouvait assis sur la bielle d'une locomotive dans "Le Mécano de la General" ou dans le double gag de l'escalier du film "Le Caméraman". Ses films étaient des manuels de mobilisation de l'énergie humaine, alliant explosivité et agilité dans la célérité et la plasticité.
Dans "The Playhouse", il fut capable de jouer tous les rôles, explorant les frontières de l'identité et de la représentation. Dans "Cops", il se cachait dans une malle, en sortait pour vérifier que les policiers étaient partis, puis replongeait dans la malle, défiant les attentes des spectateurs à chaque instant.
Buster Keaton est un génie capable de combiner la rigueur de l'ingénierie avec la liberté de l'imaginaire. Ses films sont des joyaux intemporels, des témoignages de la beauté et de la profondeur de l'âme humaine.
Le Mécano de la « General » (The General)
Le Mécano de la « General » (The General), également écrit Le Mécano de la Générale, est un film incontournable de Buster Keaton et Clyde Bruckman, sorti en 1926.
En 1989, année de création du National Film Registry, il est le premier film sélectionné par la bibliothèque du Congrès pour saluer son « importance culturelle, historique ou esthétique » et il est classé au National Film Registry.
Synopsis
Johnnie est le mécanicien (« le mécano ») d'une locomotive appelée la General qui est la propriété de la Western
and Atlantic Railroad, une compagnie de chemins de fer de l'Est américain.
Lorsque la guerre de Sécession éclate, Johnnie a deux amours : son train et Annabelle Lee. Comme il ne peut s’engager
dans l’armée, Annabelle lui refuse son amour après que son frère lui a expliqué sur un malentendu
qu'il n'avait jamais vu Johnnie dans la fil des mobilisés afin d'honorer ses devoirs militaires.
Cependant, lorsque la General est volée par des espions de l'Union, avec Anabelle à son bord, Johnnie n'hésite pas
à se lancer à la poursuite de son train et de sa fiancée. Après s'être infiltré dans l'armée de l'Union,
Johnnie délivre Annabelle grâce à un déguisement dont il av le secret.
Elle et lui s'enfuient en train, talonnés par l'armée ennemie. Après de nombreuses péripéties
et après avoir défait l'Union en aidant les confédérés, Johnnie reçoit le grade de lieutenant tout en retrouvant sa fiancée.
Fiche technique
- Titre : Le Mécano de la « General »
- Titre original : The General
- Réalisation : Buster Keaton et Clyde Bruckman
- Scénario : Buster Keaton, Clyde Bruckman, Al Boasberg, Charles Henry Smith, d'après William Pittenger
- Photographie : Dev Jennings, Bert Haines
- Musique :
- Carl Davis (1987)
- Robert Israel (1995)
- Baudime Jam (1999)
- Joe Hisaishi (2004)
- Timothy Brock (2005)
- Angelin Fonda (2017)
- Producteur : Joseph M. Schenck
- Production : United Artists
- Société de distribution : United Artists
- Pays d'origine : États-Unis
- Format : Noir et blanc — 35 mm — 1,33:1 — Muet
- Durée : 85 minutes, soit environ 2 287 mètres au standard de 27 mètres par minute
- Dates de sortie :
- États-Unis : 5 février 1927 (première à New York dans une version écourtée)
- France : 24 février 1927
- 1917 : Fatty Boucher (The Butcher Boy) : Buster
- 1917 : Fatty chez lui (The Rough House) (également co-réalisateur)
- 1917 : La Noce de Fatty (His Wedding Night)
- 1917 : Fatty docteur (Oh, Doctor!)
- 1917 : Fatty à la fête foraine (Coney Island)
- 1917 : Fatty m'assiste (A Country Hero)
- 1918 : Fatty bistro (Out West)
- 1918 : Fatty groom (The Bell Boy)
- 1918 : La Mission de Fatty (Moonshine)
- 1918 : Fatty à la clinique (Good Night Nurse)
- 1918 : Fatty cuisinier (The Cook)
- 1919 : Fatty cabotin (Back Stage)
- 1919 : Fatty au village ou Un garçon séduisant (The Hayseed)
- 1920 : Le Garage infernal ou Fatty et Malec garagistes (The Garage)
- 1920 : La Maison démontable (One Week) (également co-réalisateur)
- 1920 : Malec champion de golf (Convict 13) (également co-réalisateur)
- 1920 : L'Épouvantail (The Scarecrow) (également co-réalisateur)
- 1920 : La Voisine de Malec ou Voisin Voisine (Neighbors) (également co-réalisateur)
- 1921 : Malec chez les fantômes (The Haunted House) (également co-réalisateur)
- 1921 : La Guigne de Malec (Hard Luck) (également co-réalisateur)
- 1921 : Malec champion de tir (The High Sign) (également co-réalisateur)
- 1921 : Malec l'insaisissable (The Goat) (également co-réalisateur)
- 1921 : Frigo fregoli (The Playhouse) (également co-réalisateur)
- 1921 : Frigo capitaine au long cours (The Boat) (également co-réalisateur)
- 1922 : Malec chez les Indiens (The Paleface) (également co-réalisateur)
- 1922 : Frigo déménageur (Cops) (également co-réalisateur)
- 1922 : Le Neuvième Mari d'Eléonore (My Wife's Relations) (également co-réalisateur)
- 1922 : Malec forgeron (The Blacksmith) (également co-réalisateur)
- 1922 : Frigo l'esquimau (The Frozen North) (également co-réalisateur)
- 1922 : Grandeur et Décadence (Daydreams) (également co-réalisateur)
- 1922 : Frigo à l'Electric Hotel (The Electric House) (également co-réalisateur)
- 1923 : Malec aéronaute (The Balloonatic) (également co-réalisateur)
- 1923 : Frigo et la Baleine (The Love Nest) (également co-réalisateur)
- 1927 : Carter DeHaven in Character Studies : Lui-même
- 1934 : Shérif malgré lui (The Gold Ghost) (également co-réalisateur)
- 1934 : L'Horloger amoureux (Allez oop) (également co-réalisateur)
- 1935 : Palooka from Paducah
- 1935 : Les Rivaux de la pompe (One Run Elmer) (également co-réalisateur)
- 1935 : Romance dans le foin (Hayseed Romance)
- 1935 : Héros de la Marine (Tars and Stripes) (également co-réalisateur)
- 1935 : The E-Flat Man
- 1935 : The Timid Young Man
- 1935 : La Fiesta de Santa Barbara
- 1936 : Trois prétendants (Three on a Limb)
- 1936 : Chef d'orchestre malgré lui (Grand Slam Opera) (également co-réalisateur)
- 1936 : L'As du feu (Blue Blazes) (également co-réalisateur)
- 1936 : Le Chimiste (The Chemist)
- 1936 : Le Magicien (Mixed Magic) (également co-réalisateur)
- 1937 : Candidat à la prison (Jail Bait)
- 1937 : Dito (Ditto)
- 1937 : La Roulotte d'amour (Love Nest on Wheels) (également co-réalisateur)
- 1938 : Hollywood Handicap (seulement réalisateur)
- 1938 : Streamlined Swing (seulement réalisateur)
- 1939 : Pest from the West
- 1939 : Mooching Through Georgia
- 1940 : Nothing But Pleasure
- 1940 : Pardon My Berth Marks
- 1940 : The Taming of the Snood
- 1940 : The Spook Speaks
- 1940 : His Ex Marks the Spot
- 1941 : So You Won't Squawk
- 1941 : General Nuisance
- 1941 : She's Oil Mine
- 1947 : Un duel à mort de Pierre Blondy
- 1952 : Paradise for Buster (film industriel pour John Deere and Company, Inc.)
- 1965 : Film (film expérimental réalisé par Alan Schneider)
- 1965 : The Railrodder
- 1966 : The Scribe
- 1920 : Ce crétin de Malec (The Saphead), de Herbert Blaché : Bertie Van Alstyne
- 1923 : Les Trois Âges (The Three Ages) (également co-réalisateur) : Le garçon
- 1923 : Les Lois de l'hospitalité (Our Hospitality) (également co-réalisateur) : Willie McKay
- 1924 : Sherlock Junior (Sherlock, Jr.) (également co-réalisateur) : Le projectioniste
- 1924 : La Croisière du Navigator (The Navigator) (également co-réalisateur) : Rollo Treadway
- 1925 : Les Fiancées en folie (Seven Chances) (également co-réalisateur) : James Shannon
- 1925 : Ma vache et moi (Go West) (également co-réalisateur) : Friendless
- 1926 : Le Dernier Round (Battling Butler) (également co-réalisateur) : Alfred Butler
- 1926 : Le Mécano de la « General » (The General) (également co-réalisateur) : Johnnie Gray
- 1927 : Sportif par amour (College) (également co-réalisateur) : Le garçon
- 1928 : Cadet d'eau douce (Steamboat Bill Jr.) (également co-réalisateur) : William Canfield Jr.
- 1928 : L'Opérateur (The Cameraman) (également co-réalisateur) : Buster
- 1929 : Le Figurant (Spite Marriage) (également co-réalisateur) : Elmer Edgemont
- 1929 : Hollywood chante et danse (The Hollywood Revue of 1929) : Buster Keaton
- 1930 : Le Metteur en scène (Free and Easy) : Elmer Butts
- 1930 : Estrellados : Canuto Cuadratin
- 1930 : Buster s'en va-t-en guerre (Doughboys) : Elmer J. Stuyvesant Jr.
- 1931 : Wir schalten um auf Hollywood de Frank Reicher
- 1931 : Buster se marie (Parlor, Bedroom and Bath) : Reginald Irving
- 1931 : Buster se marie de Edward Brophy et Claude Autant-Lara : Regie
- 1931 : Buster millionnaire (Sidewalks of New York) : Barton
- 1931 : Le Plombier amoureux (The Passionate Plumber) : Elmer E. Tuttle
- 1932 : Le Professeur (Speak Easily) : Prof. Post
- 1933 : Le Roi de la bière (What! No Beer?) : Elmer J. Butts
- 1934 : Le Roi des Champs-Élysées (tourné en France) : Buster Garner/Jim le balafré
- 1935 : Un baiser SVP (The Invader) (tourné en Grande-Bretagne) : Leander Proudfoot
- 1939 : Hollywood Cavalcade d'Irving Cummings : Buster Keaton
- 1940 : Boire et Déboires (The Villain Still Pursued Her) : William Dalton
- 1940 : Li'l Abner : Le putois solitaire
- 1943 : Et la vie recommence (Forever and a Day) : Wilkins
- 1944 : San Diego I Love You : le conducteur de car
- 1945 : L'esprit fait du swing (That's the Spirit) de Charles Lamont : L.M.
- 1945 : That Night with You : Sam
- 1946 : God's Country : Mr. Boone
- 1946 : Pan dans la lune (El Moderno Barba Azul)
- 1949 : Le Faiseur (The Loveable Cheat) de Richard Oswald, d'après Le Faiseur de Balzac : Goulard
- 1949 : You're My Everything de Walter Lang : Butler
- 1949 : El Colmillo de Buda de Juan Bustillo Una : Moe
- 1949 : Amour poste restante (In the Good Old Summertime) de Robert Z. Leonard : Hickey
- 1950 : Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) : Buster Keaton
- 1952 : Les Feux de la rampe (Limelight) : Le partenaire de Calvero
- 1953 : Pattes de velours (L'incantevole nemica)
- 1956 : Le Tour du monde en quatre-vingts jours (Around the World in Eighty Days) de Michael Anderson : Le conducteur du train
- 1960 : Les Aventuriers du fleuve (The Adventures of Huckleberry Finn) de Michael Curtiz : Lion Tamer
- 1963 : Un monde fou, fou, fou, fou (It's a Mad Mad Mad Mad World) : Jimmy the Crook
- 1964 : Pajama Party : Chef Rotten Eagle
- 1965 : Beach Blanket Bingo : Buster
- 1965 : How to Stuff a Wild Bikini : Bwana
- 1965 : Sergeant Dead Head : Airman Blinken
- 1965 : Deux bidasses et le général (Due marines e un generale) : General Von Kassler
- 1965 : Buster Keaton Rides Again (documentaire)
- 1966 : Le Forum en folie (A Funny Thing Happened on the Way to the Forum) : Erronius
Filmographie de Buster Keaton
Lors des premières sorties françaises, Buster Keaton est renommé Frigo ou Malec. En raison de la multiplicité de titres différents attribués à ses films, le titre retenu, français ou anglais, est le plus utilisé et reconnu, notamment dans le cadre de récentes restaurations.
Courts-métrages
Longs-métrages
Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »

