Booba contre Kaaris : lamentable battle à Orly

08/04/2018

Ils auraient pu être en tête d'affiche d'un combat de boxe à la loyale, en un contre un pour régler leur compte. Millionnaires, ils avaient les moyens de l'organiser dans les règles de l'art avec un arbitre, des préparateurs et des soigneurs. Et bien non, ils ont préféré, telles des racailles ou plutôt comme des hyènes s'écharper à Orly, devant des familles qui partaient en vacances.

Un affligeant spectacle donné devant des mômes dont certains n'avaient même pas 3 ans.Booba contre Kaaris Booba et Kaaris symbolisent à eux deux, l'inversion des valeurs dans notre société. Ce qui est positionné en tête de gondole dans les bacs Virgin Megastore (Lagardère), ce n'est pas le vivre ensemble, ce sont les uns contre les autres.

En mettant au passage en PLS (Position Latérale de Sécurité), des musiciens qui mourront au champs d'honneur des artistes inconnus. Tant de trésors à découvrir dont nous ne connaîtrons jamais le message qu'ils voulaient transmettre. Au lieu de cette bouffée d'oxygène en terre inconnue, l'inutilité du mot dans la violence de la phrase pour casser notre âme et la vendre au diable.

Le système économique porte aux nues, protège, fabrique des millionnaires qui ont pour lyrics «Courez ». Une œuvre de Kaaris dont voici quelques perles :
"Vrooum, vroum... Pute, pute, pute, pute... Balle dans le crâne, tu l'auras pas volé.... Si t'es une chienne, je t'attrape par le collier... J'suis en transit comme une tonne de pure... Ta tête va bientôt se faire écraser !"

Et Booba de renvoyer des lignes tout aussi mélodiques : "Si y'a des biatches partout, c'est que j'suis dans la boîte... Si ça fait mal, que tu cries, que tu jouis, c'est que j'suis dans ta chatte". "J'aime un keuf quand son slip jaunit." "Elles aiment les grosses voitures et les grosses queues."" J'suis venu vous gifler, dédicace à Bertrand Cantat".

Le modèle, pour un pan de la jeunesse, c'est de gagner de la tune facile, habiter le personnage Booba en s'imprégnant de ses mots. La priorité de ce marketing viral, c'est le pur produit culturel fasciste commercialement autorisé au nom de la liberté d'expression. Buter un condé, passer une tonne de coke, baiser une chienne en la démontant au passage, des expressions qui définissent les priorités culturelles, revendiquées comme tel à travers les télévisions, radio, plateformes musicales, etc. Si l'on se place du point de vue de cette inversion des valeurs, c'est de notre propre décadence dont il est question. À l'image de l'empire romain.

On en arriverait presque à espérer un envahissement total de nos terres par l'Afrique et l'Asie afin de remettre de l'ordre dans nos sociétés occidentales, devenues malades sur le plan des valeurs. Mais est-ce la plèbe qui en est responsable ou le complexe militaro-économique que je désigne régulièrement ?

Booba et Kaaris, ce sont au fond ces énormes entreprises qui leur donnent une tribune et qui devraient être lourdement condamnées pour avoir favorisé et autorisé des lyrics qui pourrissent des générations entières. Punis pour avoir fait l'apologie du crime contre la nature toute entière.

De la pensée belliqueuse découle forcément des actes violents, au sein d'une société devenue de plus en plus agressive.

Ce qui s'est produit à Orly symbolise cette valeur marchande de la haine à travers ces racailles, s'affrontant à coup de flacons de parfum Chanel n°5 et Gucci Bloom en duty free. Auprès de la jeunesse, le principal marqueur culturel, reconnaissable au nombre followers et disques vendus repose sur les piliers suivants : zob, tune, meufs, condés, muscles, fight, sape et grosse bagnole.

Ça, c'est pour la fiction car en réalité, si l'on regarde de près la scène au ralenti, on se rend bien compte que ces lascars, hormis de se la jouer en salle de musculation pour faire de la gonflette n'ont aucune culture de la boxe ou des arts martiaux. À faire se plier en 4 de rire n'importe quel boxeur amateur et encore davantage Golovkin ou Mayweather.

Ibra TV, l'une des nouvelles stars de la plateforme Youtube s'est même proposé d'organiser un combat entre Kaaris et Booba. Que l'on apprécie ou pas le personnage Ibra, force est de constater que ce jeune homme d'origine tchétchène à le sens de l'honneur et du "un contre un".

Il a en quelque sorte remis au goût du jour les valeurs du duel des siècles précédents dont certains ont marqué l'histoire. George Clemenceau en accepta pas moins de douze. Gaston Defferre et René Ribière s'affrontèrent à l'épée en... 1967. Il y avait du bon dans ces duels pour étalonner son statut de mâle. Serait-on pour l'occasion le dominant ou le dominé ? Le valeureux perdant récoltant souvent honneur et respect du vainqueur pour avoir relevé le défit ? C'est bien tout le contraire de ce qui s'est produit à Orly où l'on assista au passage à tabac d'un individu par trois ou quatre individus.

À travers cette curée, toute la lâcheté de notre modèle social et économique résumée en une vidéo Snapchat. Alors oui bien évidemment, il ne faut pas mettre la totalité du rap dans le même panier de crabes. Il y a de bons artistes en France et ailleurs, trop peu connus du grand public.

Public qu'il vaut mieux abrutir avec de la soupe de rap aux navets pour mieux le contrôler. Si on en venait à lui proposer des "bonnes vibes", le bougre, il risquerait d'en redemander et finirait par avoir des exigences.

Voici quelques beaux morceaux de rap. Maintenant c'est une question de goût et d'oreille mais ça s'éduque !

PRhyme - Rock It

Bizzy Bone Ft. DMX & Chris Notes - A Song For You

The Roots - I Don't Care ft. Dom

Kendrick Lamar - Sing About Me

Mack 10 - You Ain't See Nothin Feat Jermain Dupri Foxy Brown

Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »

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