Manifestations du 1 mai : dans la peau d'un black bloc
Il n'y avait de caméras que pour eux...
05/05/2018
J'entendais sur BFMTV, des spécialistes invités en plateau s'inquiéter de la présence d'un noyaux de 1 200 black blocs au sein d'un groupe d'environ 15 000 personnes plus ou moins radicalisées. Tous s'indignant de l'effroyable attaque d'un MacDonald's, symbole emblématique du capitalisme.
Black blocs : décryptage d'un phénomène
Tentons de comprendre cette radicalité du point de vue des valeurs dont se réclament les black blocs. L'un de leurs slogans en forme d'oxymore est d'ailleurs :
"Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes".
Sous cet angle, ce lien de causalité est tout à fait recevable. Moins de "Françafrique", d'ingérences inutiles à l'étranger, de conflits à travers le monde. Moins d'argent pour le lobby de l'armement qui représentait en 2017, 57,8 milliards de dollars, soit 2.3% de notre PIB.
Des contrastes saisissants qui dénotent avec une société de plus en plus végan et donc
sensibilisée à la cause animale. Nous ne sommes plus à un paradoxe près.
Il en est de même du traitement médiatique. Qui n'a point lu dans un média du Web, un article traitant d'un pays rongé par la famine avec en illustration, une photographie vantant un régime minceur à base d'aloe véra ou de garcinia cambogia ?
À propos du 1 mai, un chroniqueur de BFMTV s'est exclamé ce matin en empruntant le même logiciel : avec ces images de casseurs, on a fini par en oublier la manif.
Vous avez bien raison collègue, seulement quelle est la chaîne d'info continu qui a consacré 99% de son journal au black bloc ? Et bien la vôtre. 12 heures d'antenne, pas une image du défilé proprement dit.
Parce que des images spectaculaires sont plus vendeuses en terme d'audimat qu'une gentille foule silencieuse réclamant quelques droits pour les travailleurs. En toile de fond, tout ceci participe d'une économie parallèle qui imprime subliminalement l'inconscient collectif d'une jeunesse en quête de sens.
Des jeunes nés avec des clichés de carte postale et qui se cherchent une voie au bon format pour exister. Mais comment se projeter dans l'avenir avec un boulot précaire, dans une société où il n'est plus question d'avoir un métier pour la vie ? De fait, d'être exclu du crédit bancaire...
C'est bien cette problématique que pose le black bloc et nous ne pouvons pas faire comme si de rien n'était. Dénoncer ces nouveaux "monte-en-l'air" de la République sans essayer de comprendre : Couvrez ce sein, que je ne saurais pas voir... Surtout ne rien changer et jouer les aveugles.
Black blocs : une guerre d'images
N'est-il pas révoltant, dans une société où l'image prime plus que le cadre qui l'expose, de constater que Kim Kardashian a gagné 46 millions d'euros en 2016, grâce à la télé-réalité ? Le footballeur Cristiano Ronaldo quant à lui étant en capacité de s'acheter une Bugatti Veyron à 870 000 euros tous les 3 matchs.
Comment se situer dans une société qui a fait sien, cet adage : Dis-moi combien tu gagnes, je te dirais qui tu es !
Un jeune pauvre, désintéressé par le matérialisme mais fort d'idéaux à défendre serait donc un pauvre gamin sans foi ni loi, un paumé aux yeux de la République ? Le black bloc, une horde de casseurs qui détruirait notre magnifique modèle social pour le plaisir ?
C'est bien sous cet angle qu'il faut tenter d'analyser le phénomène black bloc, révélateur du ras-le-bol de cette jeunesse à se projeter dans un avenir qui a fait des marqueurs cités plus haut, les exemples qu'il faut suivre. Pour réussir, tapez dans un ballon ou montrer vos fesses à la télé et vous gagnerez plus en travaillant moins.
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C'est ce modèle permettant "aux inutiles" de gagner des sommes astronomiques qui est aux yeux des black blocs, l'ennemi à combattre. Car ils sont les premières victimes d'une violence économique qui les a mis sur la touche. Pour beaucoup d'entre eux, ils sont les enfants des plans sociaux et du chômage qu'ont vécu leurs parents.
Ce "morphotype psychologique" black bloc, il est peu ou prou le même que celui rencontré lors de la super rave illégale qui a rassemblé près de 8 000 personnes dans la Marne ou qui est présent sur le site de Notre-Dame-des-Landes.
Le mouvement black bloc se pose donc en Robin des Bois et il a choisit "le maquis" afin d'entrer en résistance contre un système politico-économique qu'il faut combattre. Moins de blabla Mélanchoniste, davantage "d'opération coup de poing" pour se faire entendre est leur cheval de bataille.
Le sénateur révolutionnaire de salon Jean-Luc Mélenchon étant à leurs yeux, un traître à la cause. Celui-ci condamnant d'ailleurs sans ambages, les évènements qui se sont produits, ce 1 mai : "Insupportables violences contre la manifestation du 1 mai. Sans doute des bandes d'extrême droite...".
Signe d'une malhonnêteté intellectuelle caractérisée de la part du député... Les black blocs étant pour la majorité, issus de l'ultragauche.
Black bloc : une cause et tellement de contradictions
Pourquoi les black blocs s'en sont-ils pris à un engin de chantier ou a une auto-école, symboles du prolétariat ? Quelle bêtise sans borne que de saborder l'outil de travail des "petites gens".
Analysons les slogans black bloc :
La police tue, appelle à la révolte !
Il y aurait un "usage excessif de la force" ? Depuis le décès de Malik Oussekine, le 6 décembre 1986 à Paris lors d'une manifestation étudiante, la police n'a plus fait d'autres victimes. En France, nous sommes à des années-lumière des répressions policières qui se produisent chaque année dans de nombreux pays du monde. Au Nicaragua, les manifestations du mois d'avril ont fait 42 morts.
Bienvenue de l'autre côté, ne vivons plus comme des esclaves !
La ficelle est un peu grosse. Pour ceux qui ont voyagé, la France est un pays ou la couverture sociale est l'une des meilleures au monde et où il existe un revenu minimum pour les plus pauvres. De quel esclavagisme parle-t-on ?
Disproportion des moyens policiers ?1 500 étaient déployés à Paris pour plus de 100 000 manifestants alors qu'ils étaient 2 500 pour la ZAD de Notre-Dame-des-Landes . Ces chiffres posent la question de la gestion des effectifs de police.
Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »