Mélenchon à Lille, un discours magistral
17/04/2017
Lille fera date ! Une salle bondée, mal éclairée faute de moyens et pourtant très bien filmée pour immortaliser la plus belle tribune du trublion tribun de la 5e république. J'étais parti pour en superviser quelques extraits, je me suis ravisé pour visionner ce one-man-show de 2h12 d'une seule traite.
Car ce discours devrait être le tournant de cette campagne présidentielle et un signal pour tourner la page sur 30 années de faillite politique. À condition que les français le veuillent. Ces pisse-froids promptes à interchanger leur bulletin au dernier moment pour le moins pire, ménageant la gauche de leur droite alors que le contexte nécessiterait une véritable révolution de Palais. - « On aurait du, il aurait fallu... » Et après coup, ils geignent seulement... Fallait se réveiller avant !
En fil d'Ariane, de façon subliminale, c'est le message que Mélenchon a souhaité faire passer : « Si vous élisez l'un de ces trois-là, vous allez cracher du sang. »
Un mal-être français
À Lille, Mélenchon a su contextualiser à l'instant T, tous les maux dont souffrent les français. En étant factuel sur l'économie et en jouant sur la fibre poétique pour interpréter leur mal-être.
2h12 de constats implacables avec en trame, le spectre d'un peu plus d'oligarchie européenne, moins de libertés individuelles et par conséquent plus de chômage et de pauvreté. Dénonçant au passage l'ubérisation de la société et les nouvelles formes d'esclavage moderne que symbolisent la loi El Khomri ou le statut d'auto-entrepreneur. Ce dernier étant à ses yeux, le moyen pour les patrons d'engager des précaires sans
avoir à payer les charges sociales et patronales et donc de s'éviter à embaucher en CDI.
L'objectif du MEDEF ? : « ... Allonger le nombre d’heures de travail, sans augmenter la paie ». Puis de tonner la révolte : « Il faut que vous arrêtiez de regarder la pointe de vos chaussures, quand ils vous engueulent ! » Parachevant son discours en citant Paul Eluard : « Il ne faut pas de tout pour faire un monde, il faut du bonheur et rien d’autre. ».
Un parfum sans la rose
À Lille, j'ai ressenti un petit air de mai 1981 en moins light, car nous sommes rentrés dans le dur. Si je respecte le charisme et la verve de Mélenchon, n'en reste pas moins à mes yeux qu'il a été pour le oui à Maastricht en 1992. Une erreur morale, stratégique et critique.
Mélenchon, l'homme qui va toujours dans le sens de la tendance. C'est ce que l'on apprend en trading. Jouer la tendance au départ de la vague. Mélenchon, le turbulent comme il y en a toujours un en classe. Souvenez-vous... mais toujours dans les clous à la fin de l'année. Que ce soit à l'Assemblée nationale, au Sénat ou au Parlement européen. Grassement payé pour discourir à l'abri du monde réel. La politique étant par essence un monde parallèle et donc irréel. Félicitation Juan-Lucas, ton parcours en politique t'a permis d'être sur le podium des plus riches prétendants à l'élection présidentielle...
Mélenchon n'aime pas la seconde classe...
Il aime la classe affaire lorsqu'il prend l'avion : « J'ai passé l'âge d'aller me faire briser le dos en classe économique ! », rappelait t-il en 2013, lors du salon du Bourget.
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Camarade, ne dis-tu pas sur ton blog : « J’épargne beaucoup parce que je suis très bien payé... , parce que j’ai hérité de mes parents et parce que je reçois une part de droits d’auteur. Mais surtout parce que je n’ai ni loisirs, ni passions coûteuses en matière de fringues, de voitures ou de montres...».
Plutôt que d'épargner, combien as-tu donné aux plus démunis en 40 années de vie politique ? Dans ta garçonnière à plus de 900 000€, héberges-tu des migrants comme le font bon nombre de français anonymes ? Si tu réponds par l'affirmative à ces deux questions, je voterai pour toi ! Mais il y a peu de chance et je ne m'y trompe pas !
Un président venu d'une autre planète
N'est pas José Mujica qui veut. Président de l'Uruguay de 2010 à 2015. Lors de son mandat, il était le seul président en exercice à vivre dans une ferme délabrée, reversant 90 % de son salaire mensuel de 9.300€ à des pauvres et à des petits entrepreneurs. Il lui restait donc 600€ pour vivre, soit le SMIC local. Sa déclaration de patrimoine ? 1.411€, le prix de sa veille coccinelle de 1987.
Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »

