Alexandre Benalla : une affaire à l'image de la classe politique

25/07/2018

Il y a des vérités douloureuses. Un miroir à double face où se joue de chaque côté, la raison d'être de la majorité et de ses oppositions ainsi que tous ces clichés sur la politique que l'on souhaiterait épousseter discrètement sous le tapis. Circulez, il n'y a rien à voir. Admirez plutôt la République, vertueuse, exemplaire.

Le Sac (service d'action civique) sous le général de Gaulle ou les barbouzes en charge de lutter contre l'OAS ont été coulés dans le marbre de la postérité. Soyez sans crainte, citoyens, ces hommes de l'ombre en capacité d'intimider, et même de faire disparaître toute indice ont disparu d'un décor en noir et blanc ou régnaient en maître, les tractions avant.

Et puis un groupe d'incorruptibles s'est constitué pour passer les institutions au Karcher. La République serait dorénavant irréprochablement propre avec 99 % des bactéries éliminées. La belle histoire. Comment croire à une telle fable ?Affaire benalla

Parce que le système politique a été initialement construit sur un modèle semblable à la pyramide de Ponzi. Il repose sur le socle de la malhonnêteté crasse qui est d'enrichir un cercle fermé de personnes physiques ou morales, au dépend de la majorité silencieuse vouée à courber l'échine.

En conséquence, c'est le propre du pouvoir de s'entourer de tels profils. Ces hommes de main qui protégeront les intérêts d'une élite. C'est la loi du marché... truqué avec des dés pipés au départ. Alexandre Benalla n'est finalement qu'un fusible, l'arbre qui cache la forêt. Ça pousse des cris d'orfraie de toutes parts alors que cette affaire aurait pu se produire sous n'importe quel quinquennat. Y compris avec La France Insoumise si elle était au pouvoir.

Une fois dans la place, la priorité absolue est de placer ses pions. "Pouvoir politique" est une expression "explicit content". C'est pouvoir avoir les coudées franches, aidé en cela par de drôles de personnages destinés aux basses besognes. Preuve en est, lorsqu'un journaliste est parfois prié de déguerpir, de s'entendre dire sans ménagement : "vous n'êtes pas le bienvenu ici...".

Comment Macron peut-il prétendre gouverner un pays alors qu'il n'a même pas été en capacité de" sentir" l'individu qui le suivait partout comme un toutou. Être doté de si peu de feeling sur le plan humain, c'est bien là le plus inquiétant. L'homme d’État devrait être un chasseur de têtes. Un sélectionneur à la Deschamps qui réussit le pari d'être champion du monde de football parce qu'il su s'entourer de bons éléments. L'âme du manager.

Puis d'apprendre ensuite, selon les syndicats de police et du GSPR que Benalla faisait régner une véritable terreur auprès de leurs services du fait de son statut de mignon du roi", avec les privilèges qui vont avec. Voiture de fonction, brassard de police, carte d'adjoint de chef de cabinet, etc.

C'est davantage dans les passe-droits offerts sur un plateau plutôt que dans le rudoiement de manifestants qui lançaient des projectiles sur les forces de l'ordre place de la Contrescarpe qui posent question. Étudiant, qui n'a pas été confronté aux CRS avec pour conséquence d'être rossé dans les règles de l'art ? Qui se frotte s'y pique et il faut accepter la "règle du jeu". Comme en 1968 ou lors des manifestations contre le projet de loi Devaquet * en 1986.

Le problème de Macron réside dans ce mimétisme qui le confond avec Sarkozy. On se brûle à trop vouloir ressembler à ce que l'on est pas. Preuve en est les fayots dont il s'entoure, les mignons qui en ne lui opposant rien , l'isole. De l'importance du contre-pouvoir au sein même de la gouvernance. L'affaire Benalla est le signe de cette distanciation entre le général et ses chefs de troupe sur le champ de bataille. Macron est dans la bouffée délirante du roi qui se verrait bien empereur, entouré de cadres qui le croient dur comme fer... Indéboulonnable !  Mais rien ne sert de croire si l'on n'y met pas un soupçon de doute.

En s'exprimant pour la première fois sur l'affaire en des termes plus que douteux, le constat de cette déconnexion macroniènne est caractérisée : "Le seul responsable, c'est moi. Ce n'est pas la République des fusibles... Qu'ils viennent me chercher !" Peut-être mais enfin, certains sauteront à sa place pour tirer le rideau sur l'affaire.

Un président de la République sait pertinemment qu'il n'aura jamais à en répondre devant les députés.

Puis Marion Schiappa sur BFMTV d'y aller de toute sa fibre, hypnotisée par le regard du lion Clarence (Daktari), faisant l'article sur le magnifique discours de son précieux. Prête à fermer les yeux au nom de l'égalité entre les hommes et les femmes sur le croque-en-jambe que Benalla infligea... à la femme du trublion. Lorsque la symbolique supplante le réel...

La presse française

Dans son ensemble, une fois de plus, elle a été au-dessous du niveau des huîtres à marée basse. Il n'y a qu'un mot : minable sur toute la crête. Lorsque l'on apprend du directeur de cabinet que Benalla n'a jamais eu un salaire de 10 000 € par mois, ni même qu'il ne devait s'installer dans un duplex de 200 ou 300 M2 et encore moins être nommé sous-préfet, etc.

Lorsque plusieurs jours après sort comme par enchantement une vidéo ou l'on identifie clairement les deux personnes impliquées lancer des projectiles contre les force de l'ordre alors que la presse nous avait fait croire qu'elles avaient été interpelées arbitrairement.... Si l'intervention de Benalla est condamnable, il n'est pas logique que de tels éléments sortent au compte doute.

* A titre personnel, j'en fis l'expérience lors des manifestations contre le projet de loi Devaquet et j’échappais de peu aux voltigeurs à moto, le jour où Malik Oussekine succomba sous les coups de la police.

PS : que ceux qui étaient présents avec moi à l'angle de la rue Monsieur le Prince et la rue de Vaugirard me rappellent à leur souvenir, en ce jour du 6 décembre 1986. En dehors de quelques barricades à cet endroit, il y avait également une voiture qui brûlait et je ne l'ai vu mentionné nul part.

À un moment donné, une personne est venue vers nous en courant afin de nous avertir que les "voltigeurs" placés le long du jardin du Luxembourg s'apprêtaient à charger. Jusqu'à ce moment fatidique, je parlais avec un couple très sympathique, un jeune homme d'origine indienne ou maghrébine accompagné d'une femme du même âge.

Nous avons détalé dans toutes les directions. Par chance, mon instinct m'a fait suivre un groupe qui a dévalé la rue de Vaugirard en direction de la Sorbonne. Nous avons réussi in-extremis à nous y introduire avant que des étudiants ne referment le portail, tentant malgré tout de faire rentrer un maximum de personnes avant que les voltigeurs et les CRS ne fondent sur le secteur.

Nous avons ensuite pris place dans l'amphithéâtre Richelieu me semble-t-il avant d'être délogé par les CRS. Nous apprendrons quelques heures plus tard la mort de Malik Oussekine.

Durant des années, je me suis posé la question de savoir si c'était avec lui et cette jeune fille que je discutais à ce carrefour mais il semblerait que non. Selon les médias, Il sortait d'une boite de Jazz au moment de la charge des voltigeurs. Etait-ce Le Petit Journal Saint-Michel ?

Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »

Extraverti.com

Le média dédié à l'art, la culture et le multimédia...

Publications
  • Roman de science fiction
    42, l'enquête ultime
    Ouvrage
  • Méthode de coaching personnel
    Le journal bien-être
    Sois ton propre coach