Bertrand Cantat a-t-il le droit de remonter sur scène ?
22/03/2018
Le cas Bertrand Cantat interpelle tellement les facteurs à prendre en considération sont nombreux. C'est presque un cas d'école. D'un côté, la douleur infinie et légitime de la famille Trintignant et de l'autre, un meurtrier qui a été condamné et a purgé sa peine.
La question : a-t-il le droit de remonter sur scène pour se faire applaudir ? J'y répondrai à la fin de ce billet.
Une remarque avant tout. J'ai visionné les images de Grenoble ! On voit Bertrand Cantat aller au-devant d'un groupe hostile, devant la salle de concert où il doit se produire. Une mère de famille surexcitée lui fait face avec un gamin de quelques années dans les bras, l’exhibant comme un étendard d'une cause à défendre. Un enfant doit-il prendre part à ce genre de manifestation ? Maintenant remontons le fil de l'histoire...
Force est de constater qu'il y a une justice pour ceux qui tiennent le haut du pavé et une autre pour les culs-terreux.
Dans un billet précédent, j'avais fait part de mon indignation
à la condamnation d'une personne à deux mois de prison ferme...
pour avoir commis l'irréparable : avoir volé des pâtes et du riz. Pour une pomme, un autre individu
sera condamné à... 8 mois ferme.
Un contraste avec Cantat qui assassine une personne et se retrouve à purger 4 années effectives. S'il s'était prénommé autrement, serait-il sorti à l'air libre aussi rapidement ? J'en doute fort. Il aurait été mis "au repos" 10 piges minimum. Maintenant, tout cela est-il de la faute de Bertrand Cantat ? Bien évidemment non. C'est l'institution judiciaire qui en est la première responsable car c'est elle seule qui a décidé de sa remise en liberté *.
Je serais le père de la victime, je considérerais à juste raison que ce n'est vraiment pas cher payé. Maintenant, Cantat a t-il le droit de se produire sur scène ? Je dirais oui... sous condition ! C'est son métier et il a le droit de l'exercer, sinon autant rétablir la peine de mort pour le faire taire définitivement. Et pourquoi pas le lynchage en place publique ? Que d'hypocrisie ! Que ces personnes opposées au fait que Cantat remonte sur scène se regardent une bonne fois dans la glace...
Pour elles, au fond, il n'est question que du châtiment ultime et Olivier Marchal (en plus il fait du polar) est le premier à se rallier à cette idée. À la libération, aurait-il été de ceux qui ont tondu puis lynché ces femmes qui couchèrent avec des allemands ? Être opposé à la peine de mort alors que l'on souhaite définitivement réduire au silence un individu est une forme de lâcheté.
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Une lâcheté qui en incombe d'abord aux médias qui n'hésitent pas à sauter le pas pour faire du buzz avec le "produit Cantat". Je suis entièrement d'accord avec Samuel Benchetrit qui trouve insupportable de voir Cantat affiché partout, sur les couvertures de magazines. Contraignant les propres enfants de Marie Trintignant à devoir baisser la tête, lorsqu'ils passent devant un kiosque à journaux.
Insupportable bien évidemment de voir le visage d'un meurtrier sur toutes les chaînes d'info en continu, au mépris du devoir de pudeur vis-à vis de la famille et des proches de la victime. Encore une fois, est-ce Cantat qui a exigé à être affiché partout ? Est-ce lui en personne qui demanda à Léa Salamé lors de l'émission "Stupéfiant", de brandir devant Nadine Trintignant, le visage de Cantat en Une de couverture du magazine Les Inrocks ?
La pauvre femme, gênée, priant la "présentatrice" d'écarter cette tête de son champ de vision. Quel tact, Léa Salamé ! À faire la belle sans cervelle plutôt que du vrai journalisme : séquence à 3m41. Mais où avez-vous été éduquée, Madame, pour agir si vulgairement ?
Alors oui, si Cantat souhaite chanter qu'il le fasse, mais c'est aux médias de faire en sorte, égard à la famille Trintignant, de ne point le faire apparaître à tout bout de champ. D'annoncer ou pas ses concerts. Libres après aux personnes de s'y rendre.
Car à l'inverse, Cantat lui aussi a le droit à l'oubli de la presse, afin d'exercer son métier discrètement. Que ces torchons de merde, j'ose le terme, se concentrent plutôt sur ces excellents artistes qui aimeraient bénéficier d'un tel battage médiatique. Tels ces groupes infiniment supérieurs à Noir Désir, de mon point de vue. Ange et Magma.
<>Personnellement, je n'irai pas voir Bertrand Cantat en concert. Sa vie, sa musique, le personnage ne m'intéresse pas. Maintenant, a-t-il le droit d'évoluer, a-t-il le droit à la repentance ou doit-il camper, pour l'éternité dans le personnage de l'assassin qu'il fût, un jour ? (Pour illustrer cet article, je n'ai bien entendu point utilisé d'image de Bertrand Cantat). * Il faudra faire un parallèle avec l'affaire Jonathan Daval et savoir de combien d'années celui ci écopera...Cet article est rédigé par Blaise Grenier, Journaliste reporter d'images et auteur. Découvrir le parcours de l'auteur et la charte éditoriale »

